Le travail sur l’ego

Veröffentlicht auf von AKOUALAH

    Il devrait être possible d’écrire une histoire de l’ego en occident dans l’avènement de l’autobiographie. Nous avons vu que dans Les Confessions  Saint Augustin inaugurait un style, celui de l’expression de la subjectivité. De celle du moi ? Non, Saint Augustin visait une intériorité plus radicale, en disant de Dieu qu’il est « plus intime à soi-même que moi-même ». Cette approche situait d’emblée l’approfondissement de la subjectivité en territoire spirituel. Cependant, Augustin en mettant en avant la nécessité de la conversion chrétienne, donnait déjà à l’introspection la forme d’un examen de conscience moral, avec Dieu pour témoin et juge. Il faut attendre Montaigne pour que l’introspection se libère de l’examen de conscience et que la question du moi occupe désormais le champ littéraire. Les Essais restent thématiques, mais libèrent une parole du moi vis-à-vis de lui-même. Pascal ne s’y trompe pas : « sot projet que de se peindre ! » Chez Pascal, le moi est donc haïssable ! Avec Rousseau, le projet d’une peinture de l’intériorité renaît. Elle est placée sous projet de la recherche de « l’homme originel », mais dérive trop souvent dans l’autojustification devant la postérité. Enfin, l’élan du journal intime va plus tard offrir à l’introspection son entrée dans la littérature, notamment, avec le précieux Journal Intime d’Henri Frédéric Amiel.

    L’autre versant de cette histoire de l’ego en Occident prend son  origine chez Descartes. La découvertes extraordinaire de Descartes est celle de la subjectivité transcendantale, celle du Je du je suis, donnée dans le je pense. Le Je, principe central de la conscience, ce que nous appelions la pulsation temporelle du je suis  a été découvert par Descartes. Kant l’a repris sous le terme de Je transcendantal  en le distinguant du moi empirique et de son idiosyncrasie. Qui est exactement l’objet de l’introspection. Cependant, Kant en reste à un principe purement formel et vide. De son côté, l’empirisme anglais continuait avec David Hume, à ne voir de subjectivité que dans celle du moi empirique, au point d’en dénier toute existence, thèse phénoméniste que l’on retrouve chez Schopenhauer, Nietzsche ou dans le bouddhisme.

    Nous sommes aujourd’hui, dans la spiritualité contemporaine, dans un renouvellement complet de cette problématique, dans une ère de procès de l’ego. Procès qui ressemble parfois carrément à une mise à mort, mais, paradoxalement, en prélude à la manifestation d’une subjectivité plus radicale. Celle du Soi qui transcende l’ego. La spiritualité tend surtout à mettre en avant l’importance d’un travail sur l’ego. Mais que veut dire travailler sur l’ego ? Pourquoi devrions-nous travailler sur l’ego ? Quel est l’enjeu d’un travail sur soi ?  

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A. L’ego, le mental et le temps psychologique

    Commençons par souligner le paradoxe de cette formule. Pour qu’il puisse y avoir un travail sur l’ego, il faut nécessairement que celui qui l’opère en demeure distingué. C’est seulement Je qui peut travailler sur moi. (texte) On connaît la formule de Rimbaud « je suis un autre » qui trouve ici un sens inédit, car ici elle signifie ultimement : Je ne suis pas l’ego sur lequel je travaille, et pourtant, moi reste aussi mon territoire intime. Poser la question : « qui suis-je ? » c’est rencontrer ce paradoxe. Nous l’avons vu, ce que je peux connaître, c’est ce que je puis définir et ce que je peux définir, c’est justement « moi ». Le « Je » ne peux pas être connu, (texte) car il est le témoin (texte) qui permet de connaître toutes choses, y compris le moi. Même la formule « le Je » est encore trompeuse, car elle invite, sur la pente habituelle du mental, à faire du Je une sorte de substance dotée de caractéristiques. Ce qui est encore le moi et son idiosyncrasie. C’est donc avec des précautions infinies que dans le Vedânta on dit le Soi, l’âtman, en sachant très bien que la méprise est un risque constant. La majuscule est un risque, car en majusculant le Soi on risque d’en faire un super ego pour rater ce qui est effleuré, comme en passant, l’intériorité la plus intérieure, dont jamais le fond ne peut être dévoilée au regard du mental pensant. L’âme. (texte)

    1) Si le Soi se dérobe et ne peut être saisi, l’ego par contre peut très bien être amené sous le regard de la conscience et cela pour une raison très simple : il est inséparable de la pensée, plus exactement, de la pensée se courbant sur elle-même pour s’affirmer comme une entité à part : « moi ! » (texte) Moi, moi, … et les autres.

    Le travail sur soi commence par cette découverte. C’est une découverte, parce que dans l’attitude naturelle, -c’est sa caractéristique fondamentale- il se produit une identification à l’ego qui n’est comme telle jamais perçue. Elle est aussi rapide que la pensée, de sorte que, nous avons l’habitude d’endosser l’ego, sans même nous en rendre compte. Il faut une grande attention et grande promptitude de l’intelligence pour en prendre conscience.
http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/sujet3.htm

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